An excerpt of the article “Touch Me” about the Biennale de Strasbourg by Dominique Moulon

http://artinthedigitalage.net/blog/2019/02/17/touch-me/

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Aram Bartholl, Are you human?, 2017.

Mais qui pourrait aujourd’hui se passer des services des GAFA ? Quand ce sont des machines qui, régulièrement, nous demandent de prouver que nous n’en sommes pas. Avec cette série Are you human?, Aram Bartholl n’a de cesse de détourner les codes de l’esthétique dominante : c’est-à-dire celle du numérique. Celui-ci s’est d’abord intéressé aux Captchasque l’on doit décrypter sous peine de se voir refuser quelques accès avant de se focaliser sur les systèmes de grilles où il nous faut sélectionner toutes les images de ponts ou de panneaux de signalisation entre autres véhicules. Les tirages grand format de l’artiste berlinois n’offrent toutefois que des vues de paysages où l’on devine parfois des frontières. L’idée étant de nous inciter à reconsidérer les tâches que nous effectuons en cette ère mondialisée. Car souvent, sans même le savoir, nous renseignons des entreprises mieux que ne le feraient des robots. Que les machines ne soient pas encore si intelligentes que cela pourrait être de nature rassurante. Et effectuer très régulièrement de petits travaux sans salaire aucun devrait nous irriter. A moins que l’on ne considère ces travaux comme d’intérêt général.


Bartholl, Point of view, 2015.

Il est admis que les smartphones que Aram Bartholl représente dans son installation sculpturale Point of view, en seulement une dizaine d’années, ont changé notre rapport à l’image. Ce n’est plus le boîtier qui est reflex, mais la photographie elle-même que l’on pratique par réflexe. Puisque l’on documente tout, de ce que l’on adore à ce que l’on déteste, sans omettre les images d’autrui que l’on commente sans retenue aucune sur les réseaux. Le Selfiesymbolisant merveilleusement bien ce désir immodéré que nous avons d’être dans l’image. Au risque parfois de créer des situations incongrues quand, par exemple, tous les fans d’une foule tournent le dos à leur icône pour être au plus près d’elle dans l’image capturée. Il est intéressant de remarquer ici que ce sont essentiellement des jeunes ordinaires qui ont initié cette tendance ô combien narcissique du Selfieavant que les célébrités du monde entier ne les copient. Citons les propos de Charles Baudelaire qui, déjà en 1859, soit vingt ans seulement après l’invention de la photographie, s’exprimait ainsi : « À partir de ce moment, la société immonde se rua, comme un seul Narcisse, pour contempler sa triviale image sur le métal».

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